Élever ou simplement détenir des oiseaux, des reptiles, des amphibiens, des poissons ou des mammifères est une passion pratiquée en France depuis des générations. Derrière l’élevage se trouvent souvent des années d’observation, d’apprentissage et d’expérience, des connaissances acquises auprès d’autres passionnés, au sein des associations et fédérations, dans la littérature spécialisée et, de plus en plus, dans les publications scientifiques.
Cette relation des Français aux animaux dépasse très largement le chien et le chat.
60 % des Français possèdent au moins un animal de compagnie.
Plus de 44 millions de poissons, oiseaux, petits mammifères et animaux de terrarium vivent aujourd’hui dans les foyers français.
Source : Baromètre FACCO-Odoxa 2025.
Ces catégories statistiques regroupent des espèces domestiques comme non domestiques et ne permettent donc pas de connaître précisément le nombre de particuliers concernés par la réglementation relative aux animaux d’espèces non domestiques. Elles témoignent néanmoins de la place considérable qu’occupent ces animaux dans la société française.
Or, la possibilité même pour les particuliers de détenir certaines espèces non domestiques est aujourd’hui questionnée. Défendre l’élevage amateur, c’est donc aussi défendre les détenteurs et leur possibilité de choisir les animaux qu’ils souhaitent maintenir, dans le respect de la réglementation et des exigences propres à chaque espèce.
L’élevage amateur : bien plus que la simple détention d’un animal
Il existe une différence entre détenir un animal et devenir éleveur. L’élevage implique de comprendre les besoins d’une espèce, son comportement, son alimentation, ses cycles biologiques et reproductifs. Il nécessite d’adapter ses installations, d’observer les animaux quotidiennement et de faire évoluer ses pratiques au fur et à mesure que les connaissances progressent.
Certaines espèces sont ainsi reproduites en captivité depuis de nombreuses générations et les savoir-faire nécessaires à leur maintien se transmettent entre éleveurs. Les associations et fédérations spécialisées jouent un rôle essentiel dans cette transmission : elles permettent de confronter les expériences, d’accéder à des connaissances spécialisées, de bénéficier de formations et de trouver un accompagnement face aux difficultés techniques ou réglementaires.
Ce patrimoine de connaissances n’est pas figé. Les pratiques évoluent avec les connaissances scientifiques, les équipements disponibles, les retours d’expérience et une meilleure compréhension des besoins des animaux. Défendre l’élevage amateur ne signifie donc pas défendre toutes les pratiques du passé : c’est défendre la possibilité de continuer à élever, apprendre, transmettre et progresser.
Une activité déjà fortement encadrée
L’une des représentations parfois données de la détention d’animaux non domestiques est celle d’un univers insuffisamment réglementé, dans lequel chacun pourrait librement posséder n’importe quelle espèce. Ce n’est pas la réalité du droit français.
L’arrêté du 8 octobre 2018 organise différents niveaux d’encadrement en fonction notamment des espèces, groupes d’espèces et effectifs concernés. Son annexe 2 permet de distinguer les situations relevant d’une détention sans déclaration ou autorisation préalable, celles nécessitant une déclaration et celles relevant d’un régime d’autorisation impliquant notamment, selon les situations concernées, certificat de capacité et autorisation d’ouverture d’établissement.
Ce système existe déjà.
La question n’est donc pas de savoir s’il faut permettre à chacun de détenir n’importe quel animal sans contrôle : ce n’est déjà pas le cas. La véritable question est celle de la pertinence, de la lisibilité et de la proportionnalité des règles qui encadrent cette détention.
Pour aller plus loin : voir nos articles consacrés à la déclaration de détention, au certificat de capacité (CDC), à l’autorisation d’ouverture d’établissement (AOE) et à la distinction entre animaux domestiques et non domestiques.
Une liberté de plus en plus questionnée
Depuis plusieurs années, différentes organisations de protection animale militent pour une restriction de tout ou partie de la détention d’animaux d’espèces non domestiques par les particuliers.
Parmi les évolutions débattues figure notamment la mise en place d’un dispositif couramment désigné sous le terme de « liste positive ». Le rapport conjoint de l’IGEDD et du CGAAER publié en 2025 qualifie lui-même ce mécanisme de « changement de paradigme sans précédent » et constate qu’il conduirait nécessairement à réduire le nombre d’espèces dont la possession est autorisée aux particuliers.
L’UNICAB s’oppose à ce changement de paradigme.
Cette opposition ne signifie pas refuser toute réglementation. Le droit français encadre déjà la détention des animaux d’espèces non domestiques et permet d’imposer des exigences différentes selon les espèces, les effectifs et les risques identifiés. L’UNICAB défend le principe selon lequel toute restriction supplémentaire doit répondre à une nécessité démontrée, reposer sur des éléments objectifs et rester proportionnée au risque qu’elle entend prévenir.
Les préoccupations invoquées dans les débats sur le bien-être animal, la sécurité publique, les risques sanitaires, le trafic ou la protection de la biodiversité doivent être examinées. Mais leur existence ne suffit pas, à elle seule, à justifier une restriction supplémentaire ou générale de la détention.
La question est donc bien de savoir quel problème précis une nouvelle restriction cherche à résoudre et si les outils réglementaires existants permettent déjà d’y répondre. Pour l’UNICAB, créer de nouvelles interdictions ne peut constituer une réponse par principe lorsque des dispositifs de contrôle, de déclaration, d’autorisation et de reconnaissance des compétences existent déjà. C’est pourquoi l’UNICAB défend une approche fondée sur l’évaluation objective des risques, la compétence et la responsabilité du détenteur, plutôt qu’un système dans lequel la possibilité de détenir une espèce deviendrait l’exception devant être préalablement autorisée.
Refuser les caricatures, accompagner les pratiques
Défendre les détenteurs et les éleveurs amateurs ne consiste pas à nier l’existence de mauvaises pratiques. Achats impulsifs, installations inadaptées, détenteurs insuffisamment informés ou infractions à la réglementation existent. Mais ces situations ne peuvent définir à elles seules l’ensemble des détenteurs et des éleveurs.
C’est précisément ici que le tissu associatif prend toute son importance. Les associations et fédérations membres de l’UNICAB rassemblent des compétences spécialisées dans leurs domaines respectifs. Elles participent à la transmission des connaissances, proposent des formations, apportent des réponses techniques et réglementaires à leurs adhérents et accompagnent l’évolution des pratiques.
L’UNICAB intervient à un autre niveau, complémentaire : fédérer ces compétences et porter auprès des institutions la voix des détenteurs et des éleveurs qu’elles représentent. Il existe ainsi une continuité entre le particulier, son association ou sa fédération spécialisée et la représentation nationale.
Défendre une détention responsable, c’est aussi donner à chacun les moyens de mieux connaître les animaux qu’il maintient et de faire évoluer ses pratiques.
Des éleveurs également acteurs de la conservation
L’élevage amateur ne se résume pas toujours au maintien d’animaux pour le seul plaisir de leur détenteur. Certains éleveurs spécialisés maintiennent depuis de nombreuses années des populations d’espèces rares ou menacées, parfois sur plusieurs générations.
La conservation ex situ ne repose pas sur une catégorie unique d’acteurs. Parcs zoologiques, aquariums, structures spécialisées, associations et éleveurs privés peuvent détenir des populations complémentaires et contribuer, dans des cadres différents, au maintien de populations captives et de leur diversité génétique.
Le rapport conjoint de l’IGEDD et du CGAAER publié en 2025 s’est d’ailleurs intéressé spécifiquement à la contribution des élevages amateurs à la conservation et aux possibilités de coopération entre les différents acteurs. Il ne s’agit évidemment pas d’affirmer que tout élevage constitue par nature une action de conservation, mais de reconnaître que les compétences, les animaux et les lignées détenus par certains éleveurs peuvent constituer une ressource qui mérite d’être prise en considération.
Cette complémentarité entre les différents acteurs de la conservation mérite d’être reconnue (d’après le rapport, dans les autres pays de l’UE notamment, elle l’est par la CITÈS, l’IUCN, l’EAZA …) et développée.
Réglementer lorsque c’est nécessaire. Simplifier lorsque c’est possible. Ne pas ajouter de contraintes lorsqu’elles ne sont pas justifiées.
L’UNICAB ne défend pas l’absence de réglementation. Elle intervient auprès des institutions publiques pour défendre une réglementation proportionnée, mais également plus simple, plus lisible et plus homogène dans son application.
L’accumulation des textes, procédures et interprétations peut créer un véritable mille-feuilles administratif pour les détenteurs et les éleveurs. Une réglementation efficace doit permettre à celui qui souhaite la respecter de comprendre clairement ses obligations. Cette lisibilité est d’autant plus importante lorsque l’application d’un même cadre réglementaire peut faire l’objet d’appréciations différentes selon les territoires ou les organismes chargés de son contrôle.
Simplifier ne signifie pas supprimer les protections nécessaires. Lorsqu’une espèce présente des besoins particuliers ou des risques objectivement identifiés, des conditions adaptées peuvent être nécessaires. Lorsque les connaissances progressent, les pratiques et le cadre qui les accompagne peuvent également évoluer.
Mais faire évoluer la réglementation ne signifie pas nécessairement ajouter de nouvelles contraintes. Avant toute nouvelle restriction, il convient également d’évaluer l’efficacité des dispositifs existants et de déterminer si leur application correcte permet déjà de répondre au problème identifié.
L’UNICAB défend ainsi une réglementation fondée sur des éléments objectifs, proportionnée aux risques réellement identifiés et suffisamment claire pour être comprise et appliquée de manière homogène. Lorsqu’une nouvelle restriction ne répond pas à ces exigences ou que sa nécessité n’est pas démontrée, l’UNICAB a également vocation à s’y opposer.
Seul, un détenteur ou un éleveur pèse peu
Face à une évolution réglementaire nationale, un particulier isolé dispose de peu de moyens. Il peut participer à une consultation publique, écrire aux administrations ou interpeller ses représentants, mais il lui est beaucoup plus difficile de suivre en permanence les évolutions réglementaires, d’analyser leurs conséquences, de mobiliser des compétences juridiques et scientifiques, de participer aux échanges institutionnels ou, lorsque cela devient nécessaire, d’engager une action juridique.
C’est précisément la raison pour laquelle détenteurs et éleveurs se regroupent en associations et fédérations, et c’est la raison d’être de l’UNICAB. Fédérer permet de confronter les expériences, de mutualiser les compétences et surtout de porter collectivement auprès des pouvoirs publics une voix qu’un particulier isolé pourrait difficilement faire entendre.
Cette représentation implique parfois de participer à l’élaboration ou à l’évolution des textes. Elle implique aussi, lorsque l’UNICAB considère qu’une mesure porte une atteinte injustifiée aux intérêts des détenteurs et des éleveurs qu’elle représente, de la contester par les voies institutionnelles ou juridiques disponibles.
Défendre aujourd’hui la possibilité de détenir et d’élever demain
Une partie du travail de l’UNICAB est visible : publications, analyses réglementaires, prises de position et informations destinées aux détenteurs et aux éleveurs. Une autre l’est nécessairement beaucoup moins. La représentation institutionnelle nécessite des échanges, des travaux préparatoires et parfois des procédures sur lesquels une communication immédiate serait impossible ou contre-productive. Le silence public sur un dossier ne signifie donc pas l’absence d’action.
Derrière les textes, les procédures et les discussions institutionnelles, l’enjeu reste très concret : préserver la possibilité pour chacun de détenir légalement les animaux de son choix, dans le respect de leurs besoins et de la réglementation, permettre aux éleveurs de transmettre leurs connaissances et leurs lignées, accompagner l’évolution des pratiques et préserver des savoir-faire construits parfois depuis plusieurs générations.
Défendre l’élevage amateur aujourd’hui, c’est défendre la possibilité d’élever demain et de continuer à mieux élever demain. C’est aussi défendre le droit des particuliers à pratiquer une détention responsable sans voir cette possibilité progressivement réduite par des restrictions dont la nécessité n’aurait pas été objectivement démontrée.
Enfin, c’est rappeler que les premiers concernés doivent pouvoir prendre part aux décisions qui déterminent l’avenir de leurs pratiques.
Détenteurs et éleveurs ont une voix, une expérience et une expertise. C’est cette voix que l’UNICAB entend porter et défendre.
Voir aussi > Rapport IGEDD-CGAAER liste positive 2025
