La Tortue d’Hermann (Testudo hermanni) est une espèce protégée, emblématique de nos régions méditerranéennes et dont la longévité peut se compter en plusieurs décennies.
La détenir n’est donc pas un acte anodin.
Et lorsqu’elle se reproduit, la responsabilité du détenteur ne s’arrête pas à la naissance des jeunes.
Chaque année, le Village des Tortues de Carnoules / Tortuepôle France et la SOPTOM recevraient environ 3 000 demandes de placement ou d’abandon de tortues.
Un chiffre qui doit nous interpeller. Car derrière chaque reproduction non anticipée, il y a potentiellement de nouveaux animaux qu’il faudra nourrir, héberger et prendre en charge pendant de très nombreuses années.
Reproduire oui, le faire intelligemment c’est mieux
La séparation des mâles et des femelles peut permettre aux détenteurs qui ne souhaitent pas reproduire leurs animaux d’éviter des naissances non maîtrisées.
Mais faut-il pour autant considérer la reproduction de cette espèce en captivité comme un problème ? Une partie de ces reproductions pourrait être organisée et suivie dans un véritable objectif de conservation ?
Aujourd’hui, de nombreux particuliers détiennent des Tortues d’Hermann. Certaines se reproduisent. Des jeunes naissent. Mais savons-nous réellement quelles sont leurs origines génétiques ? Quelles sous-espèces sont représentées ? Quels individus peuvent être apparentés ?
Quels animaux présentent un intérêt pour la conservation ?
Et surtout, disposons-nous des données nécessaires pour savoir quels individus pourraient, un jour, contribuer à un programme de conservation en milieu naturel ?
Passer d’une reproduction subie à une reproduction gérée
L’UNICAB estime qu’une réflexion pourrait être engagée autour d’un programme scientifique de gestion génétique et sanitaire des Tortues d’Hermann détenues en captivité.
L’objectif ne serait pas de faire reproduire davantage. Bien au contraire.
Il s’agirait de mieux reproduire, lorsque la reproduction est souhaitée et possible, et surtout de mieux gérer les animaux qui existent déjà.
Un tel programme pourrait notamment permettre, sur la base du volontariat :
- d’identifier les animaux et leurs origines lorsque celles-ci sont connues ;
- de constituer une base de données généalogiques ;
- d’éviter autant que possible les accouplements entre individus apparentés ;
- de mieux caractériser les différentes populations captives ;
- d’assurer un suivi sanitaire des reproducteurs et de leur descendance ;
- d’identifier les individus présentant un intérêt potentiel pour la conservation ;
- d’organiser les reproductions en fonction d’objectifs scientifiques définis ;
- et d’assurer une traçabilité des animaux intégrés au programme.
Un réseau de détenteur volontaires
Pouvoir proposer aux détenteurs qui le souhaitent d’intégrer un tel dispositif. Un particulier pourrait conserver ses tortues tout en participant à un programme collectif.
Les données seraient centralisées, les reproductions planifiées et les jeunes orientés en fonction des besoins du programme.
L’encadrement scientifique et sanitaire pourrait être confié à une structure spécialisée et compétente, telle que la SOPTOM-CRCC, en partenariat avec des vétérinaires, des scientifiques et, lorsque cela est pertinent, d’autres établissements spécialisés.
Le détenteur, lui, deviendrait un acteur de la conservation. Il ne serait plus seulement propriétaire d’un animal protégé.
Il pourrait contribuer à la constitution d’une véritable population captive suivie et documentée.
Et après ? Il faut évidemment rester extrêmement prudent.
Une tortue née en captivité ne peut pas être relâchée simplement parce qu’elle appartient à une espèce sauvage. Les questions génétiques, sanitaires, comportementales, réglementaires et écologiques doivent être étudiées avant d’envisager toute réintroduction.
Mais c’est précisément pour cela qu’un programme scientifique aurait du sens.
Avant de parler de réintroduction, il faut connaître les animaux. Leur origine, leur génétique, leur état sanitaire, leur histoire, leurs liens de parenté. Et leur capacité à répondre aux objectifs de conservation.
Si, à terme, les connaissances scientifiques permettent d’identifier des individus adaptés et si les conditions écologiques et réglementaires sont réunies, alors une partie de cette population captive pourrait éventuellement contribuer à un futur programme de renforcement ou de réintroduction en milieu naturel.
La captivité constitue une ressource pour la conservation, à condition d’être organisée, suivie et encadrée. Les milliers de tortues détenues aujourd’hui représentent peut-être un patrimoine biologique qu’il serait intéressant de mieux connaître.
Plutôt que de subir les reproductions et les abandons, nous pourrions commencer à organiser collectivement cette population ?
Les détenteurs volontaires de Tortues d’Hermann pourraient intégrer le PNA 2018-2027 sur cette espèce, le suivant, ou créer un nouveau programme ? Ils deviendraient demain les partenaires d’un
programme français de conservation ex situ.
L’idée mérite au minimum d’être étudiée.
Parce que protéger une espèce, ce n’est pas seulement protéger les individus qui vivent encore dans
la nature. C’est aussi préparer les moyens de la sauvegarder lorsque la nature seule ne suffit plus.
À l’UNICAB, nous défendons une approche de la conservation qui associe tous ceux qui œuvrent
concrètement pour les animaux et les espèces. Éleveurs, particuliers, parcs zoologiques, établissements spécialisés de conservation , naturalistes, scientifiques, chasseurs et acteurs de terrain ont tous leur rôle à jouer.
Pour la Tortue d’Hermann, nous pensons qu’il est temps d’ouvrir une réflexion sur la création d’un réseau volontaire de détenteurs, associé à un véritable suivi génétique et sanitaire.
Non pas pour produire toujours plus de tortues.Mais pour mieux connaître celles qui existent déjà, mieux gérer leur reproduction et, peut-être un jour, mettre cette population au service de la conservation de l’espèce. La conservation commence aussi par la connaissance.
Voir aussi > Ce jour où l’élevage nous dévore
